bimbo redimensionné

Jeu de rôle : Bimbo, Gros flingues, ravissantes jeunes femmes, et explosions numériques ratées

Posté le 16 septembre 2014 par

Un jeu de rôle paru aux Editions Sans Détour, prenant comme cadre les nanars d’action, avec bimbos équipées de gros flingues ? Ninik’s land ne pouvait passer à côté d’une telle œuvre !

Grégory Privat s’est ainsi attelé à la tâche de poser son univers rôlistique dans le cinéma d’action tendance nanar, entre ambiance Brain Soda, et désir de bousculer les habitudes des rôlistes.

bimbo

Mais ne précipitons pas les choses et commençons par l’objet lui-même.

Car, à l’heure où le jeu de rôle est la plupart du temps publié en livres à couverture souple, découvrir une si belle boite emplie de matériel fait plaisir, même si, par conséquent, Bimbo est un jeu qui demande un investissement assez conséquent. En effet, à cinquante euro la boite de base, à laquelle il est préférable (bien que pas indispensable) de rajouter les vingt euros de l’écran, qui est vendu avec les jetons utilisés en jeu (même si l’on peut facilement s’en passer et utiliser des jetons à soi), Bimbo est un objet onéreux. Sans surprise avec Sans Détour, le contenu de la boite est magnifique, et le possesseur de cet objet ne peut qu’apprécier l’ouverture de l’écrin et la découverte de trois livrets, ainsi que de trois dés à six faces, sur lesquels une silhouette féminine clairement bimbo style, remplace le « 1 ». La boite contient aussi des cartes, qui vont servir pendant la partie, et une fiche de personnage (un book) à part, pour éviter d’abîmer les livres en la photocopiant.

Les livrets sont dans un noir et blanc assez sobre, mais superbement écrits, et la lecture se révèle très drôle, entre ambiance Bimbo et second degré constants. On trouve quelques affiches grindhouse en couleur, qui mettent délicieusement dans l’ambiance (Exorsisters est irrésistible) et qui prendront tout leurs sens dans le troisième livret (contenant les scénarios).

bimbo 2

Ce qui frappe à la lecture des livres, c’est que Grégory Privat a fait bien plus que de s’amuser à créer un jeu rigolo, en essayant d’adapter son concept fun avec quelques règles, mais qu’il a réfléchi et bien retranscrit son univers, en cherchant d’une part à le faire de manière cinématographique, et d’autre part à surprendre le rôliste. Car, ce qui marque ici, c’est que les joueurs ne font pas que mettre en scène des bimbos équipées de gros flingues, ils incarnent aussi les actrices jouant les dites bimbos. Ainsi, il faut créer l’actrice, avec ses compétences, qui peuvent être développées lors de stages entre deux tournages, la technique, proche d’un Hero Wars, mêlant background simplifié et création de compétences chiffrées. Et surtout, nos joueurs pourront influer sur le tournage, le maître de jeu (appelé réalisateur) n’étant pas ici tout puissant. Les actrices peuvent dépenser des points de « coupez ! On la refait » pour contredire une de ses décisions, utiliser des dollars pour acheter des décors, des figurants, du matériel, des explosions, par exemple. Elles possèdent aussi des points de plans qui, selon la manière dont ils sont utilisés, facilitent la tâche tout en proposant aux joueurs d’influer sur la description des scènes (un gros plan sur des menottes aident à se libérer par exemple, s’il est bien décrit). Les règles, cinématographiques en diable, rendent les scénarios certes dirigistes dans leur découpement, et souvent bourrés d’action, mais autorisent nombre de folies qui évitent le côté laborieux de certains systèmes longuet, tout en favorisant les actions stylées et irréalistes, et permettant au scénario de partir, souvent, dans des directions insoupçonnées. Les règles sont vraiment bien pensées, et jouent à la perfection avec les codes du cinéma. Entre les plans, l’importance de la production, et les conseils de Grégory Privat pour décrire ses scènes en parlant de la caméra, ou de décrire des problèmes de budget, et le lecteur se laisse porter par Bimbo, rêvant de ce qu’il parviendra à mettre en scène.

Le premier livret décrit donc les règles du jeu, la création de personnage, et toutes les spécificités de Bimbo. Le lecteur découvre ainsi que les joueurs seront relativement puissants, et devront apprendre, tout comme le maître de jeu, à raisonner différemment de leurs habitudes. Mais Bimbo crée aussi un climat de légère tension, puisque les joueuses doivent travailler certes de concert, pour que le film soit bouclé (car, avec des jetons « bouse », le réalisateur et les producteurs peuvent perdre confiance et abandonner le projet), mais elles doivent aussi se mettre en avant au profit des autres, Bimbo voulant que, contrairement à la plupart des jeux de rôle, il y ait un gagnant et des perdants.

bimbo_Dino-Bimbo

Avec des sponsors à citer, des clichés à placer, et d’autres petites choses, elles cherchent toute à être celle qui aura le nom écrit en gros sur l’affiche. Passionnant, surprenant, et vraiment intéressant, l’auteur utilisant quelques codes proprement narrativiste, sans verser dans ce style, et maniant les idées avec brio pour créer un univers référentiel et cinématographique. L’autre livret est bourré de conseils pour le maître de jeu, certains pouvant s’appliquer à des maîtres voulant lancer des parties d’un autre jeu que Bimbo (les conseils sur la manière d’incarner les pnj sont vraiment bien vus et bien explicités). Le livret parle aussi de la manière de placer des teasers de prochaines parties, de la façon de lancer des remakes, et autres idées propres au cinéma. Et le troisième est rempli de scénarios (des scripts), et là encore, entre les influences à divers films (Assaut de John Carpenter entre-autre), et les idées complètement folles (le remake du film des Frères Lumières, ou encore le scénario de Dino Bimbo ou d’Exorcisters), le maître de jeu a de quoi faire.

Au final, Bimbo est une lecture passionnante, et le futur maître de jeu termine le livre avec une envie folle de mettre le jeu en scène. Bimbo ne se prêtera certes pas à de longues campagnes, mais, utilisé de manière sporadique, permettra de surprendre et de s’amuser. Et il ne sera pas difficile de piocher diverses idées dans le cinéma nanar et grindhouse.

Bimbo, de Grégory Privat, est disponible aux Editions Sans Détour

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